Le 23 juin dernier, pour la 8e édition, le Groupe Agrica réunissait six experts autour du thème "De la finance à l'économie : crises et dépendances". Issus du monde universitaire, institutionnel ou privé, les intervenants ont cherché des réponses en analysant les relations entre la finance et l'économie et se sont interrogés sur l'avenir et les solutions à mettre en place pour prévenir de nouvelles crises financières.
Les origines de la crise : qui est coupable ou responsable ?
La première table ronde du colloque d'Agrica s'est intéressée à l'analyse des causes de la crise et a fait apparaître une diversité de points de vue. Pour les trois experts de cette première table ronde les solutions proposées par les politiques sont loin d'être suffisantes et il est urgent de conduire une réforme profonde des lois et des instances de régulation. Ils ont ainsi successivement évoqué les liens étroits qu'entretient le président de la Banque Centrale des Etats-Unis (FED) avec les banques, le contrôle à 80 % du marché de la notation par trois entreprises américaines et une réglementation qui n'est plus adaptée à un monde financier devenu global.
Si certains experts considèrent que les origines de la crise sont avant tout politiques, pour Olivier Pastré, Professeur d'économie à Université Paris VIII : "Nous sommes tous responsables de la crise. Les Chinois ne consomment pas assez ; les Américains trop. Les actionnaires exigent 15 % de croissance des entreprises, qui ne peuvent les réaliser durablement." Pour Laurent Berrebi, Directeur des Études Economiques pour Groupama Asset Management, les instances de régulation n'ont pas joué leur rôle : "Avant la crise, les signaux étaient faux : les banques centrales expliquaient que le risque, grâce à la titrisation, était disséminé sur l'ensemble des acteurs et des investisseurs."
Malgré leurs divergences, les experts s'accordent à dire que l'endettement a été la réponse des pays riches pour soutenir la croissance. La crise a mis en évidence la nécessité pour l'Europe et les États-Unis de trouver d'autres sources de richesse que la consommation. Nicolas Bouzou, Directeur d'Asterès, société d'études et de prévisions : "Dans tous les pays riches, on constate l'écrasement des classes moyennes. Seuls les plus hauts revenus continuent de s'enrichir. Les solutions sont dans la recherche et l'innovation, dans la formation continue."
Et demain : quelles solutions pour renouer avec la croissance ?
La seconde table ronde s'est attachée à proposer de nouveaux équilibres pour réconcilier l'économie et la finance. Pour les trois experts sollicités, la priorité est de diminuer les dépenses publiques des pays européens. Ils soulignent tous que, jusqu'ici, les actions des gouvernements sont encore insuffisantes.
Philippe Dessertine, Directeur de l'Institut de Haute Finance, précise : "Aujourd'hui nous sommes au cœur d'une situation que nous redoutions : la dette est d'une telle ampleur qu'il va falloir réagir." Mais selon Jean-Paul Betbèze, chef économiste et directeur des Études Économiques, membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA, la réduction des déficits doit s'accompagner de mesures de relance : "Nous devons corriger nos erreurs par la croissance économique, l'innovation, la prise de risques, le dynamisme. Je propose donc que l'on régule en même temps que l'on encourage la reprise économique." Selon lui, les entreprises françaises doivent aller chercher la croissance en se délocalisant dans les zones les plus dynamiques : "Les PME qui ont le plus d'emplois, le plus de croissance sont celles qui ont des antennes à l'étranger."
Pour André Comte-Sponville, philosophe, membre du Comité Consultatif National d'Éthique, la réponse à la crise ne peut être que globale : "la crise de 2008 est peut être la première de la mondialisation alors que nos instances de décision, d'action et de contrôle n'existent, pour la plupart, qu'à l'échelle nationale ou continentale. Nous devons bâtir une politique économique à l'échelle du monde, passant d'abord par l'échelle européenne." Les pays doivent se mettre d'accord pour définir de nouvelles règles en matière de régulation économique : "La morale est impuissante pour réguler l'économie, d'où notre besoin de régulation."
Yves Couturier, Président d'Agrica Gestion conclut : "Le monde de l'agriculture est le grand absent des analyses et des débats, pourtant cet univers joue un rôle de stabilisateur en matière d'économie. Nous devons mettre les questions de l'agriculture au cœur de nos débats sinon la prochaine bulle destructrice pourrait être celle des matières premières agricoles."
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